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La texture en céramique

Daniel Gringras Shino Chawan Texture

Il y a quelque chose d'irrésistible dans la texture d'un objet de céramique. Au même titre que sa forme ou ses couleurs, la texture d'une pièce lui apporte une profondeur essentielle. Elle lui donne, au-delà de sa fonctionnalité, une dimension sensorielle qui demeure au cœur de son utilisation. La céramique étant un médium tactile, la sensation et l’attrait visuel que propose sa surface finissent toujours par jouer un rôle important dans son appréciation.

Lorsqu'un objet rencontre vos doigts ou repose dans vos paumes, il attire votre attention sur son contact, sur l'expérience sensorielle qui se déroule au creux de vos mains. Attentifs à ce contact, nous établissons aisément nos préférences. Deux tasses peuvent avoir la même fonction, elles présentent néanmoins des expériences sensorielles différentes. Toutes deux permettent de boire, certes, mais elles ne s'équivalent pas pour autant.

Il y a plusieus manière d'aborder la texture en céramique.

Marie-Hélène Fleury Shino Chawan

On peut, dans un premier temps, observer la composition de l'argile. Selon leur teneur en minéraux, différentes argiles présentent naturellement différentes textures. La porcelaine, par exemple, principalement faite d'argile kaolinite, produit des surfaces plus lisses, plus dures et plus vitrifiées que les argiles à grès. Mélanger les argiles ou ajouter des matériaux à leur composition est une manière efficace de travailler la texture.

Il en va de même avec la façon dont l'argile est travaillée pour former le corps d'une pièce. Si nous avons tendance à aborder les différentes techniques de fabrication en matière des volumes qu'elles permettent de faire, il ne faut pas non plus perdre de vue qu'elles produisent ultimement différentes surfaces. Les pièces créées par tournage (majoritairement des sphères et des cylindres) présentent des surfaces souvent plus lisses et plus uniformes que celles des pots pincés ou sculptés par exemple.

 

Anton Filonov tulip cups

Modelées par pincements répétés, les pièces d'Anton Filonov mettent en valeur les irrégularités naturelles que produit cette technique. La forme ici détermine la texture, et la texture le motif. Tenues dans la main, elles racontent l'histoire de leur devenir.

Makiko Hicher-Nakamura Teal Tea Set

Makiko travaille la texture en sculptant ses tasses à l'aide d'une lame après les avoir tournées. Elle parvient ainsi à créer des surfaces plus dynamiques que ce que permet le tour seul. La continuité des formes produites par tournage se retrouve ici brisée en myriades de petites surfaces et arêtes sur lesquelles jouent en alternance l'ombre et la lumière.

japanese guinomi cups texture

Une autre manière de travailler la texture

est d'ajouter différents matériaux (ou couches de matériaux) sur la surface d'une pièce avant la cuisson. Les émaux (à base de silice — aussi appelés glaçures) et les engobes (à base d'argile) sont couramment utilisés pour habiller les céramiques de leurs couleurs et leurs éclats finaux. Ici encore, le mélange et l'ajout des éléments ont un impact majeur sur l'esthétique finale de ces recettes. Appliqués aux pièces avant la cuisson, les émaux comme les engobes produisent habituellement des résultats mesurés et contrôlés.

Daniel Gingras wood fired chawan

Certains artistes préfèrent décorer leurs pièces au moment même où elles cuisent en ajoutant leurs matériaux décoratifs directement dans le four en marche. Les cuissons au gaz et les cuissons au feu de bois sont particulièrement bien adaptées à ces méthodes. Au feu de bois parce que le four doit être régulièrement ouvert pour être alimenté (offrant par le fait même la possibilité de jeter des charbons ou du sel dans la chambre), et au gaz parce que la chaleur intense produite par la flamme permet de vaporiser les matériaux jetés dans le four et de les laisser se poser au hasard sur d'autres surfaces (le sel ici est le plus couramment utilisé, parfois en combinaison avec du soda).

Daniel Gingras ash chawan texture

Le cas des cuissons au feu de bois mérite encore quelques mots, parce que le fait d'alimenter continuellement le four en matériaux combustibles pendant plusieurs heures (voir plusieurs jours) produit énormément de résidus que les flammes se chargent de disperser à leur gré sur les pièces. De la cendre, notamment. En réalité, la fumée évacuée par la cheminée au-dessus du four tire un courant d'air portant les cendres dans un trajet relativement défini. Et la connaissance des courants d’air comme de la distribution de la chaleur à l’intérieur des chambres d'un four permet aux céramistes les plus expérimentés d'espérer arriver à prédire, au moins un peu, où et comment les cendres auront un impact sur les pièces. Mais ultimement, tout est laissé à la bonne volonté des flammes. Dans ces conditions, le feu marque chaque pièce de manière inégale. Certaines gagnent beaucoup, d'autre moins, certaines brisent sous le choc d'une buche poussée trop loin dans l'alandier, d'autres restent collées à leur tablette par la cendre en fusion, mais ici et là, quelques perles rares émergent qui donnent un sens à ce travail difficile.

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